Le défilé des Arcanes majeurs

Cette année, le Tarot s’est imposé à moi avec une évidence nouvelle. Peut-être parce que je me suis enfin autorisée à le pratiquer chaque jour, à en explorer les sillons secrets, jusqu’à l’appeler dans mes voyages chamaniques. Plus je m’y plongeais, plus je découvrais sa force inépuisable : un langage qui échappe à toute définition fixe, un miroir multiple qui s’interprète à l’infini.
Comme la mode.

Alors l’idée s’est imposée : et si le Tarot devenait un défilé ?
Et si chaque arcane n’était plus une carte, mais une silhouette à incarner, une présence à enfiler comme un vêtement-talisman ?

Car les arcanes portent des symboles, tout comme les habits.
Ils racontent nos goûts, nos humeurs, nos forces, nos ombres. Ils révèlent ce que nous sommes, ou ce que nous traversons. J’aurais pu suivre à la lettre le parcours initiatique du Tarot, du Bateleur au Mat. J’aurais pu chercher à faire correspondre chaque carte à une pièce emblématique, à une grammaire précise.
Mais je suis une rebelle. Alors j’ai préféré jouer à la styliste de l’invisible.

Avec les bouts de magazines de mode que j’ai découpés, j’ai habillé intuitivement mes arcanes, en laissant chaque personnage me souffler son tempérament, sa posture, son mystère. J’ai suivi mon goût pour la déstructure, les asymétries, les superpositions. Les silhouettes en sont devenues hybrides, mouvantes, presque vivantes : mi-femmes, mi-archétypes, mi-esprits.

On sent peut-être, au détour d’une superposition ou d’une attitude, l’écho de Galliano chez Margiela, de Comme des Garçons ou de Vivienne Westwood.
La couleur, longtemps intimidante pour moi, s’est invitée avec audace — vibrant avec le noir chic qui me suit comme une signature, clin d’œil éternel à Coco Chanel et à sa Petite Robe Noire.

Dans cette liberté totale, j’ai retrouvé le souffle même du Tarot :
celui qui laisse une place sacrée à l’intuition, à l’interprétation personnelle, à la vision qui surgit sans prévenir. Il y a celles et ceux qui étudient Jodorowsky et les grands maîtres.
Et puis il y a les autres, qui se laissent simplement traverser par les symboles, les images, la sensation.
Je crois que mes silhouettes appartiennent aux deux.

Chaque œuvre est devenue un archétype à habiter, une tenue émotionnelle, une étape de vie :
La Papesse et son silence intérieur.
La Lune et sa respiration d’intuition.
La Force, tendue entre maîtrise et abandon.
Le Monde, célébration de la liberté d’être soi.

Les 22 silhouettes se présentent comme un défilé intérieur :
un passage entre les mondes, un rituel visuel, un chemin symbolique où chacun peut reconnaître une part de son âme. Les collages, mi-abstraits mi-incarnés, révèlent des corps en métamorphose, des figures qui semblent franchir un voile, comme si elles marchaient depuis un autre plan.

Ici, la mode devient langage.
Le Tarot devient vêtement.
Et l’art devient un miroir où se devine notre propre transformation.

Bienvenue dans Le Défilé des Arcanes.
Un passage. Un terrain de jeu.
Une initiation couture.

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